samedi 11 octobre 2008

De Sucre a Potosi (suite)


! Buen dia a todos ¡

Voila 4 jours que nous ne vous avons pas ecrit. Certains aurons ainsi eu le temps de faire autre chose le soir que de lire nos pages a ralonge...
Blague a part, ce sont encore 4 journees magnifiques mais parfois etonnantes, derangeantes et toujours assez fatiguantes que nous venons de vivre.

07/10/2008 : notre bus pour Sucre est un bus de nuit, qui ne part qu'a 19h. Nous avons donc le temps aujourd'hui de nous occuper de notre linge, de faire des achats de vetements traditionnels aymaras et d'instruments de musique dans la rue de l'artisanat, de flaner dans le quartier du Mercado negro et de faire les courses pour le repas du midi. Pour eviter les intermediaires, je pars acheter nos billets directement au terminal de bus. En chemin, je tombe sur une manifestation qui descend les grands boulevards, en soutien au maire d'une commune voisine de La Paz. Tout le monde defile en silence. C'est assez impressionnant.
Vers midi, une pluie froide nous pousse jusqu'a notre auberge ou Mathis se lance dans un combat acharne avec les dames de l'accueil, qui le titillaient deja depuis plusieurs jours. Et Mathis, il ne faut pas le chercher longtemps... Noa s'est rapidement jointe a la melee mais en est aussi rapidement sortie, apres avoir recue quelques chaussures perdues.
Nous partons comme prevu a 19h dans un grand bus confortable, avec des sieges inclinables pour la nuit. Le bus est plein, essentiellement de boliviens, et des passagers supplementaires viennent encore gonfler le couloir central, avec force bagages et bebe. Petit detail, les toilettes ne fonctionnent pas... Nous quittons La Paz avec des averses de neige fondue, qui se transforme en vraie neige pendant les longues heures de route. Nous devinons la pampa blanchie mais heureusement cela ne tient pas sur la route. En pleine nuit, je me reveille en sursaut, apres un soubresaut un peu plus marque que les autres, et sent le bus foncer en pleine tempete de neige, avec brouillard et virages surprise. J'essaye de me convaincre que le chauffeur n'a pas bu, qu'il ne somnole pas et qu'il connait bien la route, mais je n'arrete pas de visualiser une sortie de route en tentant de me rendormir. Je me reveille rassure vers 6h du matin, en constatant qu'il n'y a plus de neige et que tout le monde dort tranquillement.

08/10/2008 : nous arrivons a Sucre, a 2700 m, sous un froid ciel gris. Le taxi nous depose a l'hotel que nous avions repere dans le Lonely planet. Nous nous y installons, avec l'impression de payer assez cher une chambre qui n'en vaut vraiment pas le prix. Une fois en ville, nous sommes attire par un magnifique patio d'hotel. Nous y jettons un coup d'oeil et, admiratifs, nous demandons pour info le prix d'une chambre quadruple. Elle est moins chere que la notre, et en plus bien plus belle. Un peu genes, nous retournons aussi sec chercher nos affaires pour changer d'hotel. Nous allons ensuite faire un tour dans le centre, la ville blanche comme on dit ici.
Cette ville rassemble sans doute la plus grande collection de batiments coloniaux, ouvrages, blanchis a la chaux et magnifiquement entretenus. Il s'agit de la capitale institutionnelle de la Bolivie, le lieu sacre ou l'independance a ete signee, et ou l'on trouve le plus grand nombre de hauts fonctionnaires. Les rues sont propres, il y a peu de circulation, on sent que les habitants ont plus de moyens qu'a La Paz, meme si les sdf sont aussi plus nombreux, et l'ambiance generale parait moins chaleureuse et moins solidaire qu'ailleurs. C'est apparemment un peu la reputation de Sucre.
Nous n'avons guere de chance, les eglises (apparemment magnifiques) sont toutes fermees et le musee de l'ecologie adapte aux enfants est en travaux. Nous prenons tout de meme un sympathique cafe dans un jardin panoramique au dessus de la ville et rentrons faire travailler les enfants a l'hotel.

09/10/2008 : Nous nous levons sous un ciel bleu magnifique et la ville nous apparait sous un autre jour. Les facades sont d'un blanc eclatant et le marche couvert ou nous prenons un jus de fruit frais met tous nos sens en eveil. Nous retournons a la centrale des bus pour partir vers Potosi a 13h. Ici le bus ne coute vraiment rien : 1,5 euros pour plus de 3h de voyage.
Nous remontons sur les hauts plateaux et l'arrivee sur Potosi, a 4000 m, sous le Cerro Rico, la montagne gruyere aux 40 mines d'argent, est vraiment impressionnante. L'ambiance parait tout de suite differente de Sucre : de ville blanche nous passons a une ville brune, beaucoup plus vivante, dense et ouvriere.
Nous trouvons une chambre assez bon marche mais froide et humide. Seule la mine sympathique de la petite mamie qui tient les lieux nous donne envie de rester, en attendant de trouver mieux le lendemain. Marion a vu dans notre guide que l'on pouvait visiter une mine d'argent en activite et a l'air bien motivee. Apres avoir lu les commentaires sur les conditions que nous allions rencontrer avec les enfants, j'ai quelques inquietudes mais me dis que cela doit etre une experience inoubliable. Nous reservons donc une visite de 4h pour le lendemain apres-midi avec un guide local, un ancien mineur.

10/10/2008 : le temps est toujours d'une limpidite exceptionnelle a cette altitude et la ville nous parait vite attachante, avec ses petites rues pietonnes, ses 80 eglises et ses places animees. Nous trouvons une auberge du style de celle de La Paz ou nous prenons un bon petit dej et posons nos sacs. Marion fait travailler les enfants pendant que je vais faire un tour en ville et dans le palais de la monnaie, ou les espagnols frappaient les pieces d'argent, du temps de l'age d'or des mines de Potosi. Nous allons ensuite tous ensemble faire les courses du dejeuner et decouvrir, sur la place centrale, les stands tenus par les enfants des ecoles de la ville sur l'importance d'economiser l'eau et de la garder propre. La ressource en eau est en effet un vrai probleme pour cette ville qui en consomme d'enormes quantites pour le traitement du minerai d'argent, avec des produits toxiques comme l'arsenic et le chlorure d'ammonium.
Apres un plat de pates sur la terrasse panoramique de l'hotel, pour fuire la poussiere des travaux dans le hall d'accueil, nous retrouvons notre guide a 13h30. Nous allons en minibus au pied du Cerro Rico, pour enfiler la tenue des mineurs. Les mineurs presents se mettent tout de suite a jouer avec nos enfants et surnomment Mathis "Pastis". Il faut dire qu'il a un sacre look avec son casque. Nous allons visiter d'abord un "ingenio", usine artisanale de decantation de l'argent, du plomb et du manganese qui sont envoyes ensuite dans les pays voisins sous forme de sacs de 50kg. Notre guide nous emmene ensuite au magasin des mineurs, ou nous sommes invites a acheter des bouteilles de fanta, un sac de feuilles de coca ou un lot d'explosifs (dynamite et ammo-nitrate + detonateur), pour faire plaisir aux mineurs que nous rencontrerons. Nous entrons ensuite dans l'une des galeries du Cerro Rico appartenant a l'une des 40 cooperatives minieres de Potosi. Elles n'ont de cooperative que le nom : elles donnent le droit d'exploiter un coin de galerie mais chaque mineur doit se debrouiller pour acheter son materiel, payer ses allocations retraite et recoit un salaire fonction de son rendement, sans protection sante ni sociale. La retraite des mineurs est toujours a 65 ans, alors que leur esperance de vie n'excede pas 45 ans, et ceux qui tombent malades a vie (silicose) avant d'avoir paye toute leur retraite ne touchent que 30 euros par mois, au lieu des 200 pour une retraite normale. Evo Morales, president de gauche pourtant tres aime du peuple, n'a rien change a cette loi apres 2,5 ans de mandat.
Nous entrons dans une longue galerie, croisons des mineurs qui viennent de finir leur semaine puis faisons un arret devant une representation du diable, venere dans la mine pour les proteger des accidents. Pachamama, la Terre mere, est l'epouse du diable dans la mine. Toute femme venant travailler ou visiter la mine peut donc la rendre jalouse et faire courrir un risque aux mineurs. Voila pourquoi il n'y a aucune femme mineur. Noa est un peu impressionnee par cette histoire mais nous continuons a nous enfoncer sous terre, puis a descendre dans un mince boyeau, tandis que la temperature monte et que les poussieres de plomb nous brulent le nez et la gorge. Mathis reste super a l'aise et court dans les boyaux, faisant l'admiration de nos guides Reinaldo et Oscar. Nous atteignons le doyen des mieurs qui reste concentre sur ses caillous, peu satisfait de la recolte de sa semaine. Il effectue en moyenne 6 tirs a l'explosif par jour, en se reculant seulement de 15 m, et ramene environ 40 kg de minerai impur a l'usine.
Nous remontons en rampant, la voie cassee par cet air viscie, et profondemment troubles par ces conditions de travail qui n'ont pas change depuis 4 siecles. Les mineurs sont pourtant fiers de leur metier, une facon de faire vivre confortablement leur famille, et apprecient de nous faire connaitre leur quotidien. Nous sympathisons avec l'equipe et trinquons ensemble avant de revenir, un peu etourdis, a l'hotel.
Le soir, Marion nous fait des crepes avec les ingredients locaux. Malgre ses efforts, ce n'est pas une reussite, sans doute a cause de l'huile ranse...

11/10/2008 : nous attrapons au vol le bus pour Tupiza, a 8h, en prenant les toutes dernieres places. Le voyage est long et eprouvant, avec une courroie de transmission qui lache en pleine montagne, des pistes non goudronnees qui nous obligent a fermer toutes les fenetres a cause d'une epaisse poussiere, faisant monter la temperature a 40 dans le bus, et pour conclure, des travaux qui nous bloquent 2 heures a seulement 15 km de l'arrivee...
Nous arrivons a Tupiza a 19h, moulus, mais heureux de trouver un bon hotel, ou nous reservons tout de suite notre periple de 5 jours dans le sud Lipez, avec Tupiza Tour, avec un depart prevu pour le 15 octobre. En attendant, nous allons profiter de la piscine de l'hotel, de cette charmante bourgade et des canyons voisins que nous pourrons decouvrir a pied, en VTT et a cheval.

Les photos sont dans le deuxieme lien. Il en manque quelques unes, faute de debit de telechargement.