mercredi 3 décembre 2008

Sur les sentiers non battus de la Patagonie nord (Aysen - Chili) Suite

Bonjour !
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Reprenons le fil de notre periple apres plus de 3 semaines d'absence ou de mauvaise connexion.
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19/11/2008 : nous quittons Castro et l'ile de Chiloe par le bus de 8h, armes psychologiquement pour un voyage de 26h sur des routes pas toujours goudronnes, avec deux passages de frontieres. Nous remontons 200 km au nord jusqu'au Parc National de Puehue, ou nous basculons en Argentine dans la region de Bariloche, superbe avec ses nombreux et immenses lacs glaciaires. Nous repartons ensuite pour le sud par la route 40. Nous apprecions la pause diner, les enfants etant de plus en plus difficiles a calmer.
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20/11/2008 : nous sommes reveilles par le jour vers 6h du matin, sur une piste caillouteuse, perdus au milieu de nul part, en pleine pampa patagonne... Nous croisons quelques troupeaux de moutons et flamands roses a la lumiere du soleil levant. Rien que pour cela, cela valait le coup de prendre le bus, alors que l'avion couvrait la meme distance pour le meme prix... Un peu retardes a la frontiere par une greve des douaniers argentins, nous arrivons a Coyaique, principale ville de la Patagonie chilienne nord (region de Aysen) vers 10h du matin. Nous trouvons une chambre chez l'habitant pour le moins spartiate mais pas cher. La famille est tres sympa, avec une jeune maman aux commandes, deux jeunes enfants que Noa et Mathis ne lacherons qu'a notre depart, un homme en recherche d'emploi et des oncles et tantes souvent de passage. Comme a Castro, nous nous faisons a manger dans leur cuisine, en essayant d'etre le plus discret, et en se faisant goutter nos plats.
En visitant la ville, nous passons dans le QG des opposants au projet de barrages hydroelectriques prevus sur le cours du Rio Baker et de quelques uns de ses affluents. C'est la grosse actualite de la region d'Aysen en ce moment. L'Etat a privatise l'eau et l'electricite et l'entreprise Hydroaysen, qui possede 98 pourcents du Rio Baker, la plus grosse riviere du pays, veux exploiter cette energie dite propre, en pretextant que l'electricite sera moins chere et plus fiable pour les patagons. En realite l'essentiel sera vendu a l'Argentine et au nord Chili, avec des lignes a haute tension traversant les vallees parmis les plus belles et les plus preservees du Chili. Les patagons sont pour l'essentiel farouchement opposes au projet, souhaitant preserver leur mode de vie et leur environnement, meme si la construction de la dizaine de barrages peut apporter une certaine croissance (temporaire ?) a cette region un peu oubliee. Des manifestations sont regulierement organisees par les eleveurs et protecteurs de la nature, les etudes preliminaires sont en cours, rien n'est joue mais c'est un peu David contre Goliat, sachant que le gouvernement y est favorable (il investit beaucoup pour favoriser la vie et les emplois des patagons, et ainsi les motiver a rester dans ces vallees reculees, si proches de l'Argentine (...), et souhaite maintenant un retour d'ascenseur, c'est a dire une possibilite d'exploiter la seule grande ressource du sud du pays, que n'a pas le nord, a savoir l'eau.)
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21/11/2008 : en parlant d'eau, nous nous reveillons sous la pluie qui va durer toute la journee, particulierement sur la cote Pacifique ou nous allons faire un tour (Puerto Aysen). Il tombe ici de 3500 a 5000 mm d'eau par an, avec un effet tres marque du relief, puisque 100 km a l'interieur des terres, a la frontiere argentine, il ne tombe plus que 300 mm (pampa). La journee est un peu morne, nous ne decouvrons rien de bien interessant et nous refugions dans un resto glacial et cher en attendant le bus du retour...
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22/11/2008 : nous sommes enfin au point pour nos multiples correspondances de bus sur la carretera australe et partons pour Puerto Bertrand, un minuscule village situe au bord d'un lac au bleu profond, a la source du Rio Baker et au pied des glaciers du Hielo norte. La route est tres longue, avec un ciel couvert et des averses de neige jusqu'a 800 m (courant en fin de printemps parait-il) et exceptes 2 ou 3 petits villages de pionniers, il n'y a aucune presence humaine (densite de 0,08 habitant au km2 dans cette region!). En revanche, l'homme a laisse une trace omnipresente en brulant quasi systematiquement toutes les forets primitives pour se frayer des acces et pour permettre le paturage. C'etait dans les annees 50 mais avec le froid et le paturage, la foret ne parvient pas a se reconstituer. Ainsi, on traverse des versants entiers nus, avec les troncs au sol.
A Puerto Bertrand, nous avons la chance de retomber sur une famille d'accueil adorable, avec la mamie qui nous fait la cuisine (repas tres copieux et pas chers servis dans son salon, avec le lecteur de DVD allume pour les enfants) et 3 generations qui gravitent autour, dans une paisible ambiance familiale. Dehors il pleut fort et il fait froid.
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23/11/2008 : ce matin une heureuse surprise nous attend : le ciel se degage rapidement et il a abondamment neige vers 1000 m, rendant les paysages glaciaires encore plus beaux. Sur les conseils d'un gars du coin, nous partons sur le seul sentier des environs, qui se transforme rapidement en sente a sangliers au milieu des epineux. Nos courageux enfants nous suivent sans broncher jusqu'a un point de vue sur le lac Bertrand. Nous sommes vraiment perdus dans la nature, sans un seul touriste a la ronde, avec le sentiment d'etre de petits explorateurs. Nous rentrons en chantant (ce qui explique que la pluie soit revenue le soir) et retrouvons un repas tout pret servi par notre mamie d'adoption (cf la photo).
L'apres midi, nous attendons le seul bus de la journee sur le bord de la route australe, mais le bus est plein et ne veut pas nous prendre... Nous tentons le stop, cela marche au bout d'une demi heure mais seulement pour 6 km. Nous voila encore en train d'attendre, a 17h, un dimanche apres-midi, avec quasiement plus de vehicules sur cette piste. Le proprietaire de la ferme en face s'inquiete et nous propose de nous emmener a Cochrane pour 50 euros. Nous preferons nous mettre en chemin en tirant nos valises et, oh miracle, un minibus imprevu nous prend pour 13 euros jusqu'a Cochrane.
Cochrane fait vraiment village de pionniers agriculeurs, avec ses petites baraques en bois au milieu de nul part, et ses 1 ou 2 petits restos ou viennent se rechauffer les travailleurs du coin. Ici on ne sent vraiment pas la pression touristique.
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24/11/2008 : nous prenons un nouveau bus a 10h pour Caleta Tortel, un village d'une cinquantaine d'annees, classe au patrimoine mondiale de l'architecture pour ses 10km de passerelles en bois reliant les differents groupes de maisons sur les rives d'un fjord du Pacifique, et les maisons entre elles, le sol etant gorge d'eau (immense zone humide entretenue par les 3500 mm d'eau annuels). Le voyage en minibus est superbe, avec le retour du soleil et une nouvelle couche de neige fraiche vers 1000 m. Nous sommes seuls avec le chauffeur que nous invitons a boire un coup dans le restaurant de Tortel, ou nous resterons finalement dormir 2 nuits. La encore, nous tombons sur un couple tres attentionne, avec qui nous discutons de la vie sur Tortel, qui n'etait accessible qu'en bateau ou petit avion avant l'ouverture de la route il y a 10 ans.
Nous prenons un magnifique sentier panoramique au dessus du village et de l'estuaire du Rio Baker, d'abord sur passerelles puis les pieds dans les marais sur la deuxieme moitie. La flore est remarquable.
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25/11/2008 : nous avions pense prendre un bateau pour approcher le glacier Montt qui descend du Hielo sud jusqu'au Pacifique mais il n'y a aucun touriste et la location du bateau coute 400 euros... Nous visitons donc Tortel au soleil, picniquons sur les pontons, faisons bosser les enfants et allons a une conference tres interessante sur la diversite de la faune sousmarine de Tortel, sur les effets nefastes de l'elevage du saumon dans les fjords patagons et sur l'interet de proposer une autre forme de developpement a Tortel, l'une des dernieres zone protegee. C'est l'association Oceania qui federe se projet.
Sur le chemin du retour, Mathis se transforme en loup et se met en chasse de tous les enfants de Tortel qui se sauvent en poussant de grands cris, le sourire aux levres. Avec nos enfants, nous reveillons tout le village qui voit passer cette procession sur les pontons.
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La suite de nos aventures des que possible...
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La suite seulement ce 10 decembre, apres 5 jours dans le Parc Torres del Paine...
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26/11/2008 : Faute de bus et de circulation entre Tortel et Villa O'Higgins, nous sommes obliges de louer la voiture d'Iris, notre charmante restauratrice. Il nous en coute tout de meme 30 euros pour les 20 km qui nous separent de la caretera australe, ou nous recuperons le bus reliant Cochrane a Villa O'Higgins. Apres 5 minutes de route, nous voila de nouveau a attendre sur le bord de la route que le bus refroidisse... Nous faisons la connaissance d'un jeune lyonnais, Alexandre, qui voyage en solo pendant 10 mois. La route est superbe, agrementee de nombreux glaciers et d'une traversee de lac en ferry. Nous atteignons VOH et le terminus de la route australe apres 5h de voyage (120 km seulement).
Un peu comme Cochrane, ce village de bout du monde parait sorti de nul part et semble bien fragile au milieu de ces immenses territoires faconnes par les glaciers. Parmis les baraques en bois, vieilles de quelques dizaines d'annees tout au plus, surgissent pourtant de beaux et recents batiments publiques : une grande ecole avec environ 80 eleves, une biblioteque avec internet gratuit (mais tres lent), un gymnase, une creche, des aires de jeux... Tout est fait pour favoriser le naintient de ces quelques centaines d'habitants qui travaillent pour la plupart dans l'Administration.
La plupart des backpackers du bus se rendent au camping du village, ou nous plantons pour la 1ere fois notre tente 4 places. Nous nous retrouvons dans une salle de vie pour se faire a manger et faire connaissance avec d'autres voyageurs au long court : un couple de suisses de Luzerne acheve par exemple une traversee des Ameriques en tendem, d'Anchorage (Alaska) a Ushuaia (Argentine), en pres de 2 ans, et toujours avec enthousiasme... Il y a aussi 2 chiliens solitaires, amoureux de la nature et des glaciers, qui viennent se ressourcer en Patagonie.
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27/11/2008 : Nous avons 2 jours a passer ici avant le depart hebdomadaire du bateau vers l'Argentine. Pour l'heure, il pleut et nous en profitons pour faire des courses dans l'une des deux petites epiceries du village, aller a la biblioteque et visiter l'ecole. Nous sommes tres gentillement accueillis par la maitresse des 4-6 ans, qui invite les eleves a poser des questions a Noa et Mathis, et qui leur fait chanter quelques belles chansons en espagnol, au son de sa guitare. Sur le depart, elle nous confie avoir de gros problemes de discipline, meme avec les petits qui reproduisent la violence de leurs parents. Nous aurons d'ailleurs l'occasion de nous en rendre compte le soir meme, avec deux petites filles qui s'amuserent a envoyer d'abord des champignons, puis de grosses pierres sur notre tente, de l'autre cote de la cloture, alors que je couchais les enfants... Je n'ai jamais saute une haie de barbeles aussi vite, pour les rattraper et leur passer un sacre savon (si, si, j'en suis capable qu'en on m'enerve...)
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28/11/2008 : J'avais prevu avec Alexandre de partir a 8h pour faire l'ascension d'un sommet a proximite mais la pluie, le vent et le froid (+2 degres) nous font changer de programme. Avec une relative amelioration, nous partons finalement en fin de matinee en famille, pour une randonnee de 6h. Nous suivons un sentier bien amenage cette fois, pour finalement partir a travers lande, en direction d'un belvedere rocheux (c'est plus fort que nous). De la haut, la vue est imprenable sur les nombreux lacs de la valle, les forets primitives, les glaciers et les couples de condors qui planent autour de nous. Le vent y est froid et tempetueux, comme souvent en Patagonie, mais Marion, en vrai trappeur, parvient a nous rechauffer avec un petit feu de camp.
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29/11/2008 : Une journee attendue, longue, epuisante mais une belle aventure partagee avec nos enfants.
Reveil a 6h30. Nous rangeons a la hate les affaires de camping et plions la tente pendant que Mathis boit son lait chocolate dans la salle commune. Noa s'est mal reveillee et reste prostree dans un coin en chouinant. A 8h nous partons en minibus jusqu'a l'embarcadere, a 7 km. La, un catamaran nous attend pour la traversee de l'un des nombreux bras de l'immense lac O'Higgins, jusqu'a Candelario Mancilla, le poste frontiere chilien. Sur le bateau nous avons le temps de prendre notre petit dej et de contempler l'eau turquoise du lac pendant 3h de navigation. Le temps est peu nuageux et nous pouvons apercevoir le Campo de Hielo Sur a l'autre bout du lac.
A quai, nous laissons nos sacs dans une remorque de tracteur (ils passeront ensuite sur les chevaux) et montons sur de beaux etalons selles par les rares vachers patagons a habiter de cette rive du lac. Noa monte avec le guide et je prends Mathis. Nous partons pour une randonnee equestre de 5h (20 km), avec des chevaux qu'il faut en permanence secouer pour les faire avancer. C'est assez physique. Les sous-bois sauvages, les franchissements de torrents et l'allure boueuse et chaotique du sentier cote argentin plaisent a tout le monde. Notre guide, peu locace, vient nous dire a l'arrivee que nous nous sommes tres bien debrouilles et qu'il est impressionne par nos enfants. C'est la premiere fois qu'il en voit d'aussi jeunes depuis la mise en place de cette nouvelle liaison transfrontaliere il y a quelques annees...
Nous montons ensuite dans un nouveau petit bateau qui traverse le Lago del Deserto en passant au pied de magnifiques glaciers puis rebasculons dans un bus argentin qui nous mene, en 2h de piste inconfortable, jusqu'au village de Chalten, au pied du fameux Fitz Roy (3405 m).
Les enfants, qui avaient remarquablement resiste jusque la, s'effondrent de sommeil dans le bus. Nous arrivons a 22h, apres 14h de voyage et seulement 130 km parcourus dans l'un des territoires les plus recules du Chili.
Ce n'est pas encore fini puisqu'il faut nous creuser la tete une fois arrives pour trouver des pesos argentins, les pesos chiliens etant curieusement refuses dans cette ville frontiere. Tout s'arrange avec la gentillesse des argentins et nous terminons cette longue journee par un bon steack dans un endroit chaleureux.